LES ROUTES DU SEL ET DU THÉ AU YUNNAN ET AU TIBET 4

A l’instar de la soie sur les grandes routes du Nord de la Chine et de l’Asie centrale, le sel jouait et joue encore au Yunnan et au Tibet un rôle majeur dans les transactions.
Dans notre périple vers les sources du Mékong, quelques jours après avoir quitté les caravaniers du Kham et leur convoi de sel, nous sommes arrêtés par des militaires. Peu de zones du territoire chinois sont encore soumises à autorisation. Celle-ci, quand elle est nécessaire, ne peut être délivrée que par les autorités dans les bureaux de la sécurité publique (P.S.B.) sous la forme de A.T.P. (Alien Travel Permit). Cela concerne certaines régions frontalières et des zones comportant des installations militaires ou stratégiques. Au Tibet, il est parfois difficile de savoir quand on est en zone stratégique, donc en secteur sensible, et quand on ne l’est pas. Surtout lorsqu’on se déplace clans des régions qui étaient interdites aux étrangers il y a peu de temps.
Dans un bureau exigu d’un poste militaire de Markam, nous devons, Vincent et moi, signer un document reconnaissant que nous avons “violé le territoire chinois”. Il nous est impossible de continuer vers le nord-ouest, vers le Qinghai. Nous saurons par la suite que la route qui longe le fleuve nous faisait passer près d’un aéroport militaire en construction. Au retour, nous croiserons des troupes chinoises se dirigeant vers Lhassa pour contenir un début de soulèvement. La répression sanglante d’octobre 1987 est encore présente dans toutes les mémoires.
Non sans avoir payé une forte amende, il nous faut faire demi-tour et abandonner provisoirement le projet d’atteindre les sources du Mékong.
Quatre mois plus tard… Je suis à nouveau sur les pistes tibétaines. Mon cheval gravit lentement une forte pente. Ses sabots heurtent les cailloux du sentier muletier. Un premier col est atteint. Je me retourne à demi sur ma selle en bois recouverte d’une épaisse couverture de laine. Le paysage est somptueux. Au loin, la vallée de Nangqen s’étale dans la lumière dorée d’une fin de première journée de route. Je repense à tous les obstacles qu’il a fallu franchir pour retrouver la vallée du Mékong, sur les hauteurs tibétaines aux confins de Qinghai et de la Province autonome du Tibet.
Le fleuve est là, se lovant paresseusement dans la vallée de Nangqen. Il ne s’appelle pas Mékong, il ne se nomme pas encore Lancang Jiang, mais “Za Qu”, “l’eau des rochers” en tibétain. Sur les cartes du Tibet, le Za Qu et le Zi Qu se rencontrent pour former le puissant fleuve qui se jette à plus de 4 200 kilomètres, au Viêtnam.
J’ai choisi de remonter le long du Za Qu, celui-ci étant le plus long des deux. Je ne cherche pas à découvrir les sources du Mékong. Je sais que c’est inutile, démesuré. Je n’ai ni les compétence ni le ma¬tériel qui me permettraient de situer avec précision les véritables sources du fleuve. Je désire seulement remonter le plus loin possible et atteindre la région où il naît, c’est-à-dire dans les Tanggula Shan.

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