LE FOU DU FLEUVE 4

Ils n’atteindront jamais les hauteurs tibétaines où naît le grand fleuve. Ils ne pourront même pas les approcher en raison d’une guerre civile qui ravage alors le Yunnan.
Malgré le refus des Birmans de leur accorder des sauf-conduits leur permettant de traverser les régions shan placées sous leur autorité, les voyageurs parviennent en Chine du Sud, dans la région de Muong Pang. Francis Garnier est le seul à avoir foulé la terre chinoise auparavant. Il reste fasciné par la culture de l’Empire Céleste. “Après dix-huit mois de fatigues, après avoir traversé des régions vierges encore de toute civilisation, nous nous trouvions enfin devant une ville, représentation vivante de la plus vieille civilisation de l’Orient. Pour la première fois les voyageurs européens pénétraient en Chine par la frontière indienne. A ce moment, sans doute, notre enthousiasme dépassa la mesure, les souffrances dont nous l’avions payée nous exagérèrent l’importance de notre découverte ; nous crûmes un instant que la Chine se révélait pour la première fois à l’Europe représentée par six Français”, écrit Garnier avec une emphase qui ne lui est pas coutumière.
Les voyageurs remarquent sur les marchés chinois des cotonnades anglaises, signe manifeste d’une présence britannique dans les régions proches, des écheveaux de soie, des boules de gambier, de l’arec séché de Xieng Maï (Chieng Maï en Thaïlande) et du sel servant de monnaie d’échange. Le sel provient d’une rive du Mékong, au Tibet ( sans doute Yanjing, que j’ai réussi à atteindre lors de mon avant-dernier voyage dans la région en 1993). Nous sommes ici dans une zone d’échanges, un carrefour de routes traditionnelles entre la Chine, la Birmanie, le Siam et le Laos, ce qu’on appelle en fait le Triangle d’Or.

La présence des missionnaires catholiques est un réconfort pour les explorateurs qui recueillent auprès d’eux de précieuses informations sur les coutumes locales et surtout sur la situation politique et militaire du Yunnan.
Ils apprennent ainsi que celles-ci s’aggravent. Les populations musulmanes du Sultanat de Ta’ly (l’actuel Dali) se sont soulevées contre le gouvernement chinois. Il faut préciser que le Yunnan, fort éloigné de Pékin, n’a été conquis par les Chinois qu’au début du XIX1′ siècle.
En raison de violents combats, les Français ne peuvent prendre la route du nord-ouest, à partir de Sémao (Simao) qui leur permettrait d’atteindre le Mékong.

Garnier, seul, tente une reconnaissance mais doit renoncer à poursuivre au-delà de Ta’ly qu’il atteint difficilement.
Cartographe impénitent, même dans les moments d’extrême danger, il relève que le lac Erhai, proche de Ta’ly, appartient au bassin du Yang Tsé Kiang, tout en étant relié par un petit cours d’eau au Mékong. Il évoque ainsi sa découverte du Yang Tsé Kiang : “Depuis le temps de Marco Polo, nul voyageur européen n’avait vu le fleuve aussi loin de son embouchure.”
C’est par le Yang Tsé Kiang que Garnier ramènera le corps de Doudart de Lagrée, mort d’une affection du foie. Malgré tous ses soins, le docteur Joubert n’a pu le sauver. Après l’avoir autopsié, le chirurgien de marine l’a inhumé. Mais Garnier, à son retour de Dali, prenant le commandement du groupe, préfère rapatrier le corps de son supérieur à Saigon. Au terme de plusieurs semaines de voyage et d’innombrables difficultés dues en partie au portage de l’énorme cercueil chinois du commandant, c’est un groupe d’hommes exténués qui atteint Shanghai, puis c’est enfin le retour à Saigon, le 29 juin 1868.

Echec d’une mission ? En ce qui concerne la reconnaissance du Mékong sans doute, car le groupe d’explorateurs n’a pu étudier le cours du fleuve que sur ses deux tiers seulement. Il faudra d’ailleurs attendre la fin du XXU siècle pour avoir une idée plus juste de la localisation de ses sources.
Mais la Commission rapporte au terme de deux ans d’exploration une moisson d’informations sur les populations riveraines du fleuve, les richesses naturelles des régions traversées et les éléments permettant d’affiner une cartographie encore inexacte du bassin du Mékong.
Si la situation géopolitique ne lui a pas permis de reconnaître le Mékong dans sa totalité, Garnier a, semble-t-il, rempli le second volet des instructions de l’amiral de Lagrandière, ayant trait aux “voies latérales”. Il a suivi une large portion du Yang Tsé et surtout entrevu les possibilités d’avenir commercial du second grand fleuve indochinois, le sông Hong, plus connu sous le nom de fleuve Rouge.
Très curieusement, quelques années plus tard, le destin le conduira sur ses rives.

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