LE FOU DU FLEUVE 3

Il peut paraître étonnant que Garnier manifeste à plusieurs reprises le souci de se procurer du charbon, mais nous sommes en 1866. La marine occidentale connaît depuis quelques années la révolution de son histoire :+la voile est abandonnée au profit de la vapeur.»,Les navires de guerre que connaissent si bien de Lagrée et Garnier sont devenus des navires hybrides et les fumées des cheminées monstrueuses souillent désormais la toile des huniers. La vapeur est devenue un auxiliaire indispensable pour les navires dont le dernier engagement à la voile pure remonte à la fameuse bataille de Navarin, en 1827. Pour manœuvrer dans les ports, dans les estuaires, et surtout se placer en position de combat, ce nouveau mode de propulsion est devenu un atout majeur. Le charbon constitue alors une denrée recherchée pour cette marine d’outre-mer, éloignée de ses bases. La baie d’Along au Tonkin, sillonnée par Garnier à plusieurs reprises, abritait alors l’un des plus importants gisements de minerais de charbon de la planète. Aujourd’hui encore, les ports charbonniers de Hong Gai et de Câm Pha desservent les exploitations minières de Mon Duong et de Caï Bâu.

Après les rapides de Keng Luong et de Keng Saniok, la Commission atteint Luang Prabang. Dans la capitale du petit royaume tributaire du Siam — l’influence de Bangkok s’étendait alors au nord du Laos — les explorateurs retrouvent les traces de Henri Mouhot, un naturaliste français qui les a précédés cinq ans plus tôt. L’un des premiers actes des voyageurs sera d’honorer la mémoire du jeune savant mort en 1861, près de Luang Prabang. Il avait trente-cinq ans.

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Considéré à tort comme le découvreur d’Angkor — la cité khmère n’a jamais cessé d’être un lieu de culte depuis le XVe siècle et fut seulement oubliée par les occidentaux durant cette période — Henri Mouhot s’était, comme Garnier, pris de passion pour le Mékong.
Envoyé par la Société de Géographie de Londres — plus prompte à reconnaître les talents des grands découvreurs que Paris — l’explorateur jurassien écrivait dans son carnet de route, en rejoignant le Mékong, au sud de Luang Prabang : “la vue de ce beau fleuve fit sur moi le même effet que la rencontre d’un ami, c’est que j’ai bu longtemps ses eaux. C’est une vieille connaissance. Il m’a longtemps bercé et tourmenté.”
Sa soif de connaissance et de découverte était extraordinaire. Tout en restant modeste dans ses propos et ses écrits, il avait une idée très élevée de sa mission d’explorateur et de naturaliste. Une mission qui le conduira à la mort. La dernière phrase de son journal, publié par Le Tour du Monde, est émouvante :

“— le 15 octobre, départ pour revenir à Luang Prabang
— le 18, halte à H
— le 19, je suis atteint de la fièvre.
— le 29, Ayez pitié de moi, ô mon Dieu.”
Il laisse, sans le savoir bien sûr, une sorte de testament à Garnier qui reprendra ses notes pour parcourir la vallée du Mékong jusqu’à Luang Prabang. En rectifiant les relevés du naturaliste, il observe : “J’avais acquis la conviction que toutes les latitudes attribuées par Mouhot aux points qu’il avait visités entre Korat et Luang Prabang étaient beaucoup trop septentrionales. Le transport à dos d’éléphant des instruments, dans les régions montagneuses qui séparent Korat de Pak Lay, avait été funeste, on le voit, à leur exactitude.”(2).

Luang Prabang réserve aux compagnons de Garnier un accueil chaleureux. Le souverain du Laos siamois et la population de la ville aident les voyageurs à préparer la suite de l’expédition. Un repos de deux semaines leur permet de consolider leur santé, mise à mal durant des mois de pérégrinations. Francis Garnier s’emploie, grâce à sa connaissance de la langue annamite, à réconforter l’escorte qui commence à désespérer de parvenir au bout du voyage.

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