Hué

Au Viêtnam les rivières ont des noms joliment suggestifs : sông Day, la rivière des Nuages, sông Huong, la rivière des Parfums.
Au pied de la pagode de la vieille dame céleste Thiên Mu, je contemple en cette fin d’après-midi le sông Huong. Près de la rive sud un sampan laisse un sillage étincelant sur l’eau qui s’assombrit dans la lumière déclinante. Derrière un bouquet d’arbres, la pagode s’élève majestueusement dans un ciel clair. Le climat de Hué est plus doux, plus agréable que dans le nord. Les femmes de l’ancienne capitale impériale y sont les plus belles du Viêtnam, m’a dit Hoân Thieù Son, en ajoutant, souriant, que Hué était sa ville natale.

Derrière Thiên Mu, sous un hangar, une petite Austin d’un bleu émaillé de rouille est exposée comme une relique. C’est dans cette voiture que Thich Quang Do est arrivé à Saigon, un certain 13 juin 1963. Le bonze s’est aspergé d’essence puis s’est immolé par le feu dans une grande artère de la capitale du Sud. Image saisissante, coup de poing médiatique qui cristallisa en Occident le mécontentement de l’opinion publique contre le soutien des Américains au régime sud-viêtnamien. On assiste aujourd’hui au Viêtnam à une véritable renaissance religieuse dans la communauté bouddhique qui était sortie une premièré fois de sa neutralité lorsque Diêm et son frère Nhu, forts de l’appui des groupes catholiques qu’ils avaient organisés en milices dans le Sud-Viêtnam, s’étaient lancés dans une vague d’arrestations et de persécutions des bouddhistes.

Au bord de la rivière des Parfums, la cité semble pourtant vivre des jours heureux. Comme toutes les villes viêtnamiennes, Hué a souffert durant la guerre du Viêtnam. La Cité Impériale a dû être en grande partie restaurée grâce à une campagne de l’UNESCO, après les terribles combats de l’offensive du Têt. Durant quatre semaines les combattants viêtcongs ont résisté à la poussée de l’armée américaine qui s’est finalement emparée de la ville en février 1968.

Sentinelles pétrifiées, des mandarins veillent toujours sur les tombeaux de Ming Mang et de Tu Duc. La rivière des Parfums toute proche résonne des chants des batelières qui s’éloignent vers la cité bénie des dieux et des poètes.
Hué, c’est l’Annam, la grande région centrale, le cœur du Viêtnam ; une région propice à l’épanouissement d’une société. D’un côté, le littoral, l’ouverture, les ressources de la mer de Chine, de l’autre, d’étroites vallées bien irriguées qui, à travers des rizières étagées de type indonésien, conduisent aux contreforts boisés de la cordillère, aux plantes rares et naguère recherchées par les occidentaux, cannelle et encens. Il n’est pas surprenant qu’une civilisation brillante, celle du Champa, se soit développée dans cette région vouée à la prospérité.

De la Porte d’Annam au nord jusqu’au Binh Thuan au sud, sur plus de mille kilomètres, s’étendait le royaume des Chams. Entre le IIIe’ et le XVIIL siècle, le Champa connaît un important développement culturel, politique et religieux (hindouiste puis bouddhiste). Etat indianisé comme le Fou-Nan ou plus tard l’Empire khmer, il maintiendra difficilement son indépendance. Il est vrai que sa situation géographique, entre l’Empire chinois et son vassal tonkinois au nord et les Khmers au sud-ouest, le rend vulnérable. Les Chams doivent déplacer leur capitale au gré des soubresauts de l’histoire de la péninsule indochinoise, guerroyer contre les armées des souverains d’Angkor qu’ils prendront en 1177, avant d’être soumis par Jayavarman VII, le dernier des grands rois khmers.

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Les Chams seront ensuite victimes de la politique d’expansionnisme vers le Sud, constamment pratiquée par les Tonkinois puis par les seigneurs de Hué. Au XVIIe siècle, devenus vassaux de leurs voisins du Nord, toujours menacés après quelques sursauts de résistance, ils verront leurs derniers territoires annexés par les Nguyên.
Demeurent aujourd’hui les vestiges d’édifices en brique, tours sanctuaires d’influence indienne et hindouiste ; une architecture originale mal connue et encore trop délaissée par les Viêtnamiens et les voyageurs étrangers qui visitent l’Annam.
Des liens culturels et religieux entre les Chams et les sociétés anciennes du Cambodge, de la Malaisie et de l’Indonésie (Java) sont attestés. La péninsule indochinoise était au cœur du réseau des routes commerciales empruntées par les navigateurs et les marchands indiens. Après les périodes brahmanique et bouddhique, les Indonésiens et les Chams ont d’ailleurs eu une démarche commune les conduisant à se convertir à l’islam à partir du XVe siècle. Moins imposants que les temples de Borobudur ou d’Angkor, et bien qu’il faille parfois un effort d’imagination doublé d’un réel intérêt archéologique (car certains d’entre eux ont été très endommagés durant la guerre), les sanctuaires de Dong Duong et de My Son sont les derniers et émouvants témoignages d’une civilisation oubliée. Le musée d’art cham, édifié par Henri Parmentier de l’Ecole Française d’Extrême-Orient à Da Nang est, pour le voyageur que la piste de My Son effraie, une étape obligatoire pour admirer les œuvres laissées par les artistes chams.

Après avoir franchi le Col des Nuages à 1200 mètres d’altitude, la Route Mandarine descend en lacets vers Da Nang. Si le littoral est magnifique avec les plages de sable blanc de My Khe et Tien Sa, la ville de Da Nang ne séduit pas le visiteur qui vient de quitter Hué. Cependant, dans la mémoire collective du peuple viêtnamien, Da Nang est un jalon important dans l’histoire du pays car deux dates, deux événements en ont changé le cours. Le 1er septembre 1858, les forces expéditionnaires du contre-amiral Rigault de Genouilly débarquent à Da Nang (ex-Tourane) pour porter secours aux communautés catholiques menacées. Ce sera le début d’une longue période de colonisation du Viêtnam puis de l’Indochine. Enfin, le 7 mars 1965, les troupes américaines envahissent les plages de Da Nang entrant ainsi de plain-pied dans une guerre qui s’achèvera avec la prise de Saigon en 1975.

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