Hanoi 1954 – Hanoi 1994 (II)

Après des années d’économie socialiste qui ont conduit le Viêtnam au bord du gouffre, le parti communiste a adopté en 1986 un nouveau mot d’ordre : dôi moi, changer pour du neuf. Une forme de perestroïka à la viêtnamienne, un glissement vers l’économie de marché qui s’accompagne de l’ouverture du pays aux investisseurs étrangers.

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Bouleversement sans précédent pour un peuple qui connaît depuis si longtemps des conditions de vie précaires dictées par une économie de guerre et d’après-guerre. Il est donc sain et normal que dans ce pays de soixante-douze millions d’habitants, les jeunes qui en constituent plus de la moitié se ruent sur les pistes de danse, les jeux vidéo ou le dernier modèle Honda. Encore faut-il qu’ils puissent y accéder….
Le professeur Hoâng Thiêù Son m’accompagne dans une visite du delta du fleuve Rouge. Devant deux jeunes paysannes maniant l’écope à cordes pour transvaser de l’eau d’un bassin de rizière à un autre, il me parle de la vie quotidienne du paysan du delta. Une existence faite d’un labeur pénible pour un maigre rendement et un salaire de misère.^La population du delta, très dense (650 habitants au km2 selon Pierre Gourou, géographe célèbre et ancien professeur au lycée Albert-Sarrault) y pratique depuis vingt siècles une agriculture intensive basée essentiellement sur le riz.^,
Pour pouvoir obtenir deux récoltes par an il faut au paysan tonkinois une parfaite maîtrise de l’eau. Une multitude de canaux d’irrigation sont entretenus avec soin. Mais la tâche gigantesque du peuple du delta réside dans l’érection et la réfection des digues, un défi permanent lancé au fleuve qui menace leurs terres d’inondations meurtrières, à l’instar des grands géants chinois.

Revenus à Hanoi, à l’ombre d’un manguier du jardin du Temple de la Littérature édifié au XL siècle, le professeur Son continue de me parler de son pays dans un français recherché. Son extrême gentillesse, sa disponibilité de temps et d’esprit en font un compagnon précieux pour découvrir la région de Hanoi et ses habitants. J’observe ainsi que derrière une certaine réserve, une attitude un peu rigide, le Tonkinois peut être drôle et enjoué. Assis au pied d’une tortue géante supportant une imposante stèle de marbre gris clair, le professeur lit pour moi les noms des lauréats au concours mandarinal qui y sont inscrits. Le concours permettait à l’administration impériale de recruter ses cadres. Cette institution qui a disparu en 1919 montre à quel point la société viêtnamienne a été marquée par la culture chinoise.

Avant mon départ pour Haiphong et la baie d’Along, Hoâng Thiêù Son tient à me remettre un texte qu’il a écrit sur le site de Ninh Binh surnommé “Along Terrestre”. Vous pourrez ainsi les comparer, me dit-il en riant.
Après avoir reconduit le professeur chez lui, le cyclo-pousse qui me ramène passe devant le mausolée de Hô Chi Minh, énorme masse de granité et de marbre sombre abritant pieusement la dépouille du révolutionnaire mort en 1969- Une longue file de visiteurs viêtnamiens et étrangers, mains libres le long du corps, avance lentement vers l’entrée. On ne peut, en voyant ce cérémonial, s’empêcher de penser au mausolée d’une autre grande figure du monde communiste.

A travers le feuillage des arbres de l’esplanade, j’aperçois le sommet de Chuà Mot Côt, la pagode du Pilier Unique. Ce temple très curieux serait la représentation bouddhique du monde sous la forme d’un lotus émergeant de l’eau. Selon une légende, Ly Tai To, fondateur d’Hanoi au XL siècle, l’aurait fait ériger pour rendre grâce à la déesse Quan Am qui lui aurait permis d’avoir un héritier mâle, assurant ainsi sa succession et par conséquent la permanence de la dynastie des Ly.

Au sortir de la rue Diên Biên Phu, le cyclo pénètre difficilement dans Hang Bong. Palanche sur l’épaule, les marchandes se bousculent entre les motos et les bicyclettes qui roulent au pas. Plus nous avançons dans le quartier des Trente-six Rues (correspondant à autant de corporations et de métiers) plus la foule devient compacte. Dans la rue du Riz (Xuan), des enfants me lancent des pétales de fleurs en riant aux éclats.
Aux abords du marché couvert, alors que j’ai depuis longtemps renoncé à poursuivre en cyclo, c’est véritablement la folie des veilles de fête. Dans trois jours ce sera précisément le Têt, le nouvel an.

xLe Têt se déroule les premiers jours du premier mois lunaire (fin janvier-début février). C’est une occasion de retrouvailles familiales, de festivités, de repas pour les vivants et les morts.QJne fête qui commence vraiment la nuit de la nouvelle lune. A minuit, les pétards annoncent le Nouvel An et les heures qui suivent doivent être passées dans une joie bruyante et débridée.
Alors que la nuit tombe, les marchandes de fleurs qui ont installé leurs étaux sur les trottoirs du marché sont assaillies par des passants qui ne rentreront chez eux que les bras chargés de gerbes odorantes et colorées.

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