Du “Saigonais” au “Saigon Today”

La pile de journaux ficelée sur le porte-bagages de la Honda penche dangeureusement sur le côté droit. Hai pilote avec dextérité son engin, se faufilant entre les vélos et les cyclo-pousse dans une petite artère du centre de Saigon. Il va livrer le “Saigon Today”, un magazine d’informations générales, dans une librairie nouvellement ouverte sur Dông Khôi. Bien qu’il soit à peine 5 h 30 du matin, les rues sont déjà animées. Des commerçants ouvrent leurs boutiques minuscules dévoilant des centaines d’articles accrochés aux murs. Dans la moiteur de cette fin d’été, des groupes de travailleurs se serrent autour des cuisines ambulantes. Hai s’arrête le long du trottoir, commande deux soupes de nouilles, l’une pour lui, l’autre pour moi, et achète quelques cigarettes à un jeune garçon, un carton de Malboro serré contre sa chemise ouverte et retenue par une lanière de toile kaki. Ses pieds sont maculés par les flaques laissées par la dernière averse de mousson.

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Ils sont des milliers comme lui à Saigon, enfants et adolescents, vivant d’expédients et des innom-brables petits métiers de la rue. Dix pour cent des cinq millions de Saigonais survivent dans des bidon¬villes périphériques ou sur les trottoirs de la grande métropole du Sud dont les néons attirent comme des lucioles les paysans pauvres du delta ou d’autres provinces du Nam Bô.
Nous sommes maintenant sur Dông Khôi, la rue du Soulèvement Général, ex-rue Catinat, du nom d’un maréchal de France de Louis XIV. Entre 1954 et 1975 la rue portait encore un autre nom “Tu Do”, rue de la Liberté. A elle seule, cette artère symbolise les soubresauts de l’histoire de la capitale du Sud.

Hai a rapidement déchargé ses exemplaires de Saigon Today et se perche tranquillement sur la selle de sa moto. En souriant, il me tend une cigarette. Je lui propose de prendre un café au Givrai tout proche. Il hésite un peu puis accepte de m’accompagner, impressionné par le luxe de l’établissement. Le glacier Givrai, haut lieu de Saigon (la bonne société y venait jadis déguster des glaces renommées) est devenu le Snack Givrai. La climatisation lui a fait perdre un peu de son atmosphère sinon de son âme, mais les cafés-filtre à l’ancienne servis par des garçons en gilet noir et parlant un français remarquable sont une consolation.
J’ai rencontré Hai il y a quelques jours. Il est instituteur. La livraison de journaux est son second métier. Plus occasionnelle, une troisième activité consiste en cours d’anglais donnés dans un centre privé de Cho Lon à des jeunes Viêtnamiens travaillant dans une entreprise commerciale.

Sans ces trois “métiers” Hai ne pourrait faire vivre sa famille. Son épouse, ses deux enfants et lui partagent un petit appartement avec ses parents âgés. Nous nous sommes retrouvés hier soir chez lui pour un repas familial. Situé dans le quartier n°3 près de l’hôpital Diên Biên Phu, le logement est fourni par l’Etat pour la somme dérisoire de 5000 dongs (2,50 francs). Hai est fonctionnaire, avantage considérable dans une métropole où se loger devient extrêmement difficile.
Cependant son traitement (350 000 dongs) est insuffisant pour faire vivre les siens, d’où la nécessité d’avoir officieusement d’autres activités. Tout le monde le sait. Tous doivent faire de même. Quand elle va au marché, son épouse hésite devant le prix de la viande de porc (28 000 dongs le kilogramme).

Comme tous les Viêtnamiens, elle a chez elle une réserve de nuoc mam, cette sauce faite à base de poisson fermenté qui rehausse les plats de riz. Majoritairement produit dans le delta du Mékong, le riz que l’on achète sur les marchés saigonais demeure bon marché (entre 2 500 et 4 000 dongs le kilo, suivant la qualité).
Tout en écoutant Hai me parler des difficultés de la vie à Saigon, je contemple à travers la vitre du Givrai la masse claire de l’Hôtel Continental, un autre symbole saigonais du “temps des Français”.

Derrière sa façade rénovée et la climatisation de ses chambres, le vieux palace exhale un parfum de nostalgie et de mystère. Dans les années 1920, la terrasse était envahie à l’heure de l’apéritif par une foule de fonctionnaires, de planteurs et de négociants. Casque colonial, costume blanc et cravate étaient alors de rigueur. Tout en feuilletant VImpartial les clients échangeaient des banalités de provinciaux par¬dessus leurs anisettes glacées ; propos de sous-préfecture française d’extrême-orient, portant sur le paludisme, le cours de la piastre ou le marché du latex.
Les Corses et les Bretons y étaient largement représentés. Poussés par la pauvreté, le goût de l’aventure et l’attrait d’une vie apparemment facile, ils débarquaient un jour à l’aube sur les quais de Saigon au terme d’une traversée de plusieurs semaines à bord de “La Marseillaise” ou du “Pasteur” qui reliaient Marseille à Saigon.

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