Du “Saigonais” au “Saigon Today” (II)

Construit en 1880, l’hôtel devint un lieu incontournable pour une société quelque peu engluée dans ses habitudes, ses rivalités et sa vie mondaine. C’est là qu’il fallait se montrer. Son propriétaire, Mathieu Francini, corse et seul maître à bord, jouait auprès de sa clientèle un rôle de confident ou de médiateur. Poste d’observation et carrefour d’échanges, le Continental était l’un des pôles de Saigon.

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Le palace eût des hôtes de marque. Graham Greene écrivit Un américain bien tranquille dans le calme de ses jardins intérieurs. Lucien Bodard y avait ses habitudes de grand reporter revenant périodiquement se ressourcer en Indochine. Le plus flamboyant — et aussi le plus flambeur ! — de ses clients fut probablement Marie Ier, roi des Sédang, qui en 1880 s’installa avec sa suite au Continental. Pour prix de ses services, le directeur de l’hôtel reçut une royale décoration : celle de l’Ordre National du Royaume des Sédang, mais de piastres point ! Marie Ier était en réalité un aventurier, un ancien sous- officier de Spahis qui avait pour nom Marie-David de Mayrena.

Cet “Antoine de Tounens” version indochinoise du Roi de Patagonie qui égayait par ses récits haut en couleur les colonnes du Saigonais se vit cependant confier une mission par le Gouverneur-général Constans. Mission officieuse il est vrai, comme celle de Garnier au Tonkin — était-ce une habitude chez les hauts responsables coloniaux ? Il s’agissait de devancer les Allemands qui, sous le couvert des Siamois, s’efforçaient de pénétrer dans la région d’Attopeu, le pays des Moï, et risquaient ainsi de menacer l’intégrité du protectorat français. De Mayrena réussit si bien qu’il devint souverain des Sédang, une population de la région, et vécut au milieu d’eux jusqu’à épuisement de son crédit accordé par Constans. Rentré en France pour devenir Président du Conseil, le Gouverneur-général l’avait abandonné à ses rêves. Malade et sans ressources, de Mayrena mourut en 1890 en Malaisie. Peu de temps auparavant, il avait écrit à l’Empereur Guillaume II pour lui offrir le protectorat du Royaume des Sédang…

Alors que je m’attarde avec Hai devant le Continental, un enfant chargé d’une pile de livres réimprimés ou plutôt photocopiés me propose un plan ancien de Saigon, je lui tends les dollars demandés en échange d’un tel trésor. Il me permet de plonger dans ce Saigon du XIXe siècle.
Elaboré par l’amiral Bonnard en 1862, le projet de construction de la ville est mené à bien en quelques décennies et cela malgré un handicap de taille : la nature marécageuse du sol. Le jardin botanique est tout d’abord créé. Il permet aux botanistes d’y exercer des expériences sur les cultures qui seront ensuite développées dans la colonie. Quatre ans plus tard, le Palais du Gouverneur est inauguré. En 1870, un hôpital destiné à la marine sort de terre ; il portera plus tard le nom de G rail.

La construction de la cathédrale Notre-Dame de Saigon commence en 1880 et dure trois ans. Bâtie en brique rouge, l’édifice religieux sera surmonté en 1900 de deux flèches qui parachèveront son architecture d’église de sous-préfecture picarde. Quelle ne devait pas être la surprise des passagers des paquebots français lorsqu’ils les apercevaient du fleuve lors de leur premier voyage en Indochine.

En 1886 commença l’édification de la Poste principale, curieux monument de verre et de fer qui a fort bien survécu aux années de guerre et aux intempéries. En face du Continental, le Théâtre inauguré en 1900, accueille des troupes internationales dont les représentations sont évidemment des temps forts de la vie saigonaise. En 1955, l’édifice deviendra le siège de l’Assemblée Nationale avant de redevenir en 1975 un lieu d’échanges culturels.

Enfin l’Hôtel de Ville, achevé en 1908 dans.un climat de querelles comparable à ce que l’on connaîtra plus tard avec la Pyramide du Louvre, clôt le catalogue de ces monuments coloniaux qui, aujourd’hui, il faut bien le reconnaître, font le charme discret de la capitale économique du Viêtnam. Les tours du Saigon du troisième millénaire rendront bientôt la ville coloniale encore plus “décalée”.

L’esprit haussmanien qui prévaut alors à Paris en matière d’urbanisme et d’architecture est appliqué à la lettre par les amiraux de Napoléon III avec une rigueur toute militaire ; casernes et fortifications complètent naturellement ce plan d’édification de la ville. Les artères se croisent à angle droit, bordées de tamariniers et de kapokiers. Quelques boulevards de Saigon ont porté jusqu’en 1975 les noms de ces marins français qui ont planté les premiers jalons de la colonie : Bonnard, Dupré, Charner ou Chasseloup-Laubat. Seules, trois rues ont conservé leur nom français : Pasteur, Calmette et Yersin. Trois noms de savants qui gardent une place à part dans le cœur et l’esprit des Viêtnamiens.
Alexandre Yersin, que le grand public redécouvre depuis peu, a isolé le bacille de la peste à Hong-kong avant de mettre au point un vaccin anti-pesteux. Directeur de l’Institut Pasteur de Saigon, Yersin s’est retiré à la fin de sa vie à Dalat, une station d’altitude en Annam puis à Nha Trang où il mourut en 1943.

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