DE L’INDOCHINE DE GARNIER AU VIÊTNAM DES ENFANTS DE L’ONCLE HÔ 3

Au XVIIe siècle, des jésuites étaient conseillers à la Cour de Hué comme à Pékin. Dans le jeu délicat des relations entre la Chine, le Viêtnam et la France, leurs talents diplomatiques étaient recherchés.
En cette année 1820, la mort de l’empereur Gia Long annonce un bouleversement sur cet échiquier patiemment organisé.^Les missionnaires perdent toute protection officielle et sont exilés en grand nombre.^En 1833, Minh Mang publie son premier édit de persécution qui menace toutes les communautés christianisées. Il faut croire que l’implication des missionnaires dans la politique viêtnamienne était telle qu’elle avait fini par irriter les mandarins et l’entourage des souverains. Une longue suite de persécutions ponctue alors les tentatives d’intervention le plus souvent maladroites du gouvernement français.

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Dans son ouvrage L ’Exploration du Mékong, Jean-Pierre Gomane cite judicieusement l’exemple d’une opération non officielle révélant bien les rapports entre militaires, commerçants et missionnaires en Indochine. Il s’agit de l’affaire Dupuis. Elle nous ramène d’ailleurs à Francis Garnier.
Voici les faits : le commerçant français Jean Dupuis qui vient de livrer un chargement d’armes aux troupes chinoises en lutte contre les rebelles du Yunnan, a utilisé pour la première fois le fleuve Rouge. Affaire conclue, il est redescendu par la même voie vers le delta, mais a été arrêté par les soldats du souverain de Hué. Les autorités annamites considéraient que cette expédition pouvait créer un précédent dans la région du Tonkin qu’ils ne contrôlaient qu’imparfaitement.
L’amiral Dupré, représentant de la France en Cochinchine, appelle alors Garnier pour dénouer cet épineux problème, c’est-à-dire apaiser le conflit entre le Français et les Annamites, mais aussi obtenir l’autorisation de naviguer sur le fleuve Rouge et un droit d’exploitation des mines du Yunnan.
Lorsque l’officier français parvient à Hanoi, la situation est bloquée malgré la tentative du représentant de la commission catholique du Tonkin, Monseigneur Puginier, d’apporter sa médiation. Celle-ci a échoué. Echec d’autant plus cuisant pour le prélat qu’il était créancier de Dupuis… Un évêque finançant un marchand d’armes, cela n’est pas si fréquent !
Ne parvenant pas à avoir gain de cause auprès du maréchal Nguyen Tri Phuong, représentant de la Cour de Hué, Garnier s’empare de la citadelle d’Hanoi. En quelques jours, avec moins de deux cents soldats mais le soutien probable de la population catholique, il contrôle les principales places-fortes du delta. Ces forteresses avaient été construites par des ingénieurs français lorsque le souverain annamite Nguyen Anh eut entrepris la conquête du Tonkin, un siècle plus tôt.
Alors que Garnier tente à nouveau de négocier avec les envoyés de la Cour de Hué, la citadelle de Hanoi est attaquée par des mercenaires chinois, les Pavillons Noirs, à la solde de l’Empire viêtnamien. Les Français répliquent, repoussent les assaillants. Garnier se lance alors dans une audacieuse poursuite des Pavillons Noirs. Isolé, trébuchant dans un fossé, il tombe sous les piques de ses ennemis qui le décapitent. Il a trente-quatre ans. Un an de moins que Henri Mouhot, son prédécesseur dans la folle aventure de l’exploration du Mékong.
Ainsi disparaît l’un des personnages les plus attachants de l’histoire de l’Indochine. Personnalité hors normes, il avait décidé de s’installer définitivement en Chine avec sa famille avant d’accepter sa mission au Tonkin. Contesté, sa prise de position contre la capitulation lors du siège de Paris lui avait valu quel¬ques inimitiés dans les ministères, Garnier n’en demeure pas moins un homme d’une trempe exception¬nelle et d’une grande clairvoyance dans la politique coloniale en Indochine, à la fin du XIXe siècle.

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