CAMBODGE 2

Espérons toutefois que cet élan, cette volonté de paix se poursuivront. Le peuple cambodgien mérite amplement de vivre enfin dans la sérénité qui sied à des fidèles du Bouddha.
Je parle de la situation de son pays avec An. Nous sommes assis au pied du Vat Phnom, au cœur de Phnom Penh, devant le siège de l’état-major des forces onusiennes où je viens de rencontrer un responsable qui nous accorde un laissez-passer.
An est diplômé de l’Institut du cinéma de Moscou. Comme de nombreux étudiants laotiens, viêtnamiens et cambodgiens, il a fait toutes ses études universitaires en Russie. Rentré depuis peu, il est affecté au ministère de la Culture mais n’a pu encore travailler faute de moyens^ Le directeur du département du cinéma m’expliquera que les équipes de télévision cambodgiennes réutilisent leurs cassettes vidéo plusieurs fois pour tourner leurs reportages ! Ainsi, rien ne peut être gardé en archives. Quant à tourner en 35 mm ou même en 16 mm, c’est un rêve inaccessible. Les hommes sont là mais le matériel et les finances font défaut. Je propose à An de m’assister dans mon reportage sur le Mékong, ce qu’il accepte avec enthousiasme. Au cours de trois séjours au Cambodge, il m’aidera considérablement par sa connaissance du pays, son expérience du cinéma et son esprit d’initiative. Rencontrer un ministre, dialoguer avec un paysan du Kandal ou un pêcheur de Kompong Chhnang, louer une Jeep ou un bateau, An sera toujours présent et disponible.
La lumière du soir tombe sur l’escalier du Vat Phnom. Une jeune fille, en sampot traditionnel, un enfant sur la hanche, descend gracieusement le long des marches, quelques bâtons de santal dans la main droite, et s’éloigne entre les kapokiers qui entourent le sanctuaire. An me raconte la légende de la fondation de la ville et l’histoire de ce Vat : il y a bien longtemps, une jeune femme khmère alla un matin puiser de l’eau dans le Mékong et aperçut un frêle radeau de bambou tournoyant près de la rive. Elle s’approcha, saisit l’esquif et y découvrit une statue du Bouddha qu’elle mit à l’abri au sommet d’une colline surplombant son village. En khmer “colline” se traduit par phnom ; la jeune femme s’appelait Penh. Depuis, un stupa s’élève au sommet de la colline. Un oratoire est constamment visité par des fidèles qui déposent quelques offrandes devant une statue du Bouddha.

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *

*